Le problème de la résistance aux antibiotiques
La résistance aux antimicrobiens (RAM) constitue une menace sérieuse pour la santé animale et la santé publique. La découverte de nouvelles classes d’antibiotiques s’est raréfiée au cours des dernières décennies (1). On a même estimé que, sans mesures correctives, jusqu’à 10 millions de personnes pourraient mourir chaque année d’infections résistantes aux médicaments en 2050, ce qui dépasserait le nombre de décès dus au cancer (2). Dans ce contexte, les stratégies thérapeutiques alternatives, telles que les vaccins fabriqués spécifiquement pour chaque élevage (autovaccins), prennent de plus en plus d’importance. Au plan européen, on discute depuis longtemps de la promotion de solutions de remplacement aux médicaments vétérinaires antimicrobiens comme approche importante pour réduire l’utilisation des antibiotiques (3). Rétrospectivement, l’utilisation des autovaccins a connu un premier succès au début du XXe siècle et a été introduite par Sir Almroth Edward Wright bien avant la découverte du premier antibiotique, la pénicilline, par Alexander Fleming (4–6). Wright a élaboré des vaccins individuels, inactivés par la chaleur, pour traiter les infections chroniques à staphylocoques, ce qui a été controversé au début (6).
Applications et efficacité des autovaccins
Les autovaccins servent à traiter les infections chroniques et récurrentes pour lesquelles les traitements conventionnels se sont révélés inefficaces ou pour lesquelles un traitement antibiotique n’est pas possible en raison de la présence de germes résistants. En tant que traitement individuel, les autovaccins visent à stimuler le système immunitaire de chaque animal de manière ciblée contre l’agent pathogène spécifique isolé sur le site de l’infection. Les autovaccins sont donc spécifiques à la fois à l’agent pathogène et au patient. Ils ne conviennent pas au traitement des maladies aiguës (6). La littérature décrit d’autres domaines d’application des autovaccins, tels que leur administration en cas de réaction immunitaire innée insuffisante ou en l’absence de vaccins commerciaux appropriés (6). Pour donner des exemples concrets, on peut citer le traitement de l’otite externe, de la dermatite, de la sinusite, de la pharyngite et de la mastite, causées par des bactéries à Gram positif et à Gram négatif (6). Chez les chiens, les autovaccins sont particulièrement indiqués dans le traitement des pyodermites et des otites externes et moyennes (6). Mayr et al. ont montré une guérison complète chez 43,7 % des chiens atteints de pyodermite (7). Klein et al. ont observé, grâce à des traitements par autovaccins pour la même indication, un taux de guérison de 49 % et une légère amélioration chez 18 % des patients (8).
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Fig. 1 : Illustration schématique du processus de commande d’un autovaccin
Source de l’image : LABOklin
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Fig. 2 : Types des autovaccins pour différentes espèces animales
Source de l’image : LABOklin
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Fig. 3 : Répartition des germes selon différents types d’autovaccins
Source de l’image : LABOklin
Dans la même étude, le taux de réussite thérapeutique était de 61 à 85 % pour la diarrhée chronique chez les chiens, les chats et les chevaux, et de 70 % pour la rhinite chronique chez les chats (8). Chez les chevaux, l’autovaccin peut également être utilisé en cas de diarrhée aqueuse (9). Dans une autre étude portant sur la pyodermite idiopathique récidivante chez le chien, l’administration d’un autovaccin à base de Staphylococcus (S.) pseudintermedius, en supplément à une antibiothérapie, a permis d’obtenir des scores de pyodermite nettement meilleurs par rapport au groupe traité uniquement par antibiotiques (10). Dans d’autres études, le taux de réussite pour cette indication s’est situé entre 77 et 88 % (11-13). Chez les lapins, les abcès causés par des souches hautement virulentes de S. aureus ont diminué en taille au cours de deux semaines grâce à un traitement par autovaccin, mais n’ont pas été complètement éliminés (14). Contrairement aux vaccins conventionnels, les autovaccins ne contiennent pas d’adjuvants. On a décrit l’administration d’immunomodulateurs visant à renforcer la réponse immunitaire cellulaire avant l’administration d’autovaccins contre les infections à staphylocoques (6).
Les principes du fonctionnement des autovaccins
Les autovaccins n’agissent pas en éliminant directement l’agent pathogène, mais en stimulant l’ensemble du système immunitaire, ce qui permet à l’hôte d’éliminer lui-même l’agent pathogène. Sir Edmond Almroth Wright avait déjà émis l’hypothèse d’une augmentation de l’activité phagocytaire due à la thérapie par autovaccin (4, 5). Même si le mécanisme d’action exact n’est pas encore entièrement élucidé, on suppose que le système immunitaire inné est initialement activé, ce qui entraîne une réponse immunitaire non spécifique et mobilise des cellules immunitaires phagocytaires, telles que les macrophages, vers le site de l’infection. Ensuite, la réponse immunitaire spécifique est activée, impliquant les lymphocytes T et B et mettant en œuvre à la fois des mécanismes de défense cellulaires et humoraux (6, 15). C’est ce qui distingue les autovaccins des vaccins conventionnels, qui stimulent principalement la réponse immunitaire humorale (6). Il a également été démontré que le traitement par autovaccins augmente la production de cytokines pro-inflammatoires, renforçant ainsi l’activité du système immunitaire (16). Les autovaccins administrés par voie orale, tels que ceux utilisés par exemple dans le traitement de la diarrhée d’origine bactérienne ou d’autres infections du tractus gastro-intestinal, entraînent en outre une augmentation des anticorps sécrétoires (IgA), qui protègent l’épithélium intestinal contre l’adhérence des bactéries et renforcent ainsi la barrière muqueuse (17, 18). Il est intéressant de noter que les autovaccins peuvent influencer la population bactérienne qui doit être combattue chez l’hôte. Une étude a montré qu’après le traitement, les souches présentant un patrimoine génétique réduit prédisposant à la survie chez l’hôte étaient majoritaires (19). Cela pourrait s’avérer bénéfique pour le traitement.
Autovaccins chez Laboklin
Laboklin peut fabriquer des autovaccins pour les animaux de compagnie qui ne sont pas destinés à la production alimentaire. Les animaux d’élevage sont exclus de cette mesure. La procédure exacte de commande d’un autovaccin comprend plusieurs étapes, notamment l’analyse bactériologique initiale, la constitution du dossier requis, ainsi que la production et l’expédition (fig. 1). Il ne faut pas administrer des autovaccins aux jeunes animaux de moins d’un an. Les modes d’administration des autovaccins comprennent les vaccins injectables pour les infections chroniques de la peau ou des oreilles, les vaccins par inhalation pour les infections chroniques des voies respiratoires, les vaccins oraux pour la diarrhée chronique, ainsi que les vaccins combinés comprenant une composante orale et une composante injectable pour les infections de l’appareil urogénital. Un tableau montre les types d’autovaccins les plus couramment fabriqués pour chaque espèce animale, en dépendance des symptômes observés (fig. 2). La période d’administration des différents autovaccins s’étend généralement sur 3 à 4 semaines. Pour que la préparation puisse être effectuée, il est nécessaire de remplir les formulaires de prescription de Laboklin et, en Allemagne, de présenter l’attestation de pharmacie délivrée par la pharmacie vétérinaire. Un autovaccin peut être fabriqué lorsqu’il n’existe aucun vaccin disponible dans le commerce contre l’agent pathogène en question. Le règlement (UE) 2019/6 relatif aux médicaments vétérinaires régit la fabrication, la prescription et la délivrance des autovaccins au niveau de l’Union européenne (20). Il y est également précisé que le vétérinaire traitant doit s’assurer que l’agent pathogène isolé, sous forme d’autovaccin, n’est administré qu’aux animaux appartenant à la même unité épidémiologique ou, s’ils se trouvent dans d’autres lieux, qu’il existe un lien épidémiologique avéré (21). Dès que les conditions légales sont remplies, l’autovaccin sera produit chez Laboklin. Cela implique, pour garantir la qualité et la sécurité, non seulement l’inactivation des germes et la mise au point de la concentration en germes, mais aussi un contrôle de stérilité d’une durée de deux semaines, conformément à la Pharmacopée européenne (22). Au total, on peut ajouter au maximum 4 micro-organismes à un autovaccin. En règle générale, les autovaccins peuvent être préparés à partir de micro-organismes aérobies, à l’exception des bactéries aérobies sporulées. Les bactéries strictement anaérobies, ainsi que les virus et les champignons, en sont également exclus. Avant de procéder à la fabrication d’un autovaccin, il convient de déterminer si les agents pathogènes isolés lors de l’examen bactériologique constituent des germes potentiellement pathogènes pour la localisation spécifique concernée. Un autovaccin contre les flores associées n’est pas efficace. Les six germes les plus fréquents, classés par type d’autovaccin, sont répertoriés dans un tableau récapitulatif (fig. 3). En cas de récidive, il est possible de préparer un vaccin de rappel à partir des germes isolés lors de l’examen bactériologique dans un délai d’un an. Le cas échéant, il peut également être utile de procéder à un nouvel examen bactériologique afin de déterminer le spectre bactérien actuel. En particulier dans le cas des pyodermites, on peut s’attendre à des récidives dans environ 20 % des cas (7, 8). Un autovaccin peut également être administré en complément d’un traitement antibiotique. Un traitement antibiotique n’est toutefois pas recommandé en cas de vaccins oraux. Un traitement antibiotique parallèle peut réduire l’efficacité de la réponse en anticorps IgA induite par les autovaccins en influençant le microbiote intestinal et l’homéostasie immunitaire muqueuse. Les effets indésirables dus aux autovaccins sont relativement rares. Des rougeurs et des gonflements peuvent toutefois apparaître au niveau du site d’injection. Au niveau systémique, on peut observer de la fièvre, une accélération de la fréquence respiratoire et de l’apathie (6). Il convient de noter que d’éventuelles maladies sous-jacentes peuvent influencer l’effet des autovaccins.
Résumé
Les autovaccins pour animaux constituent une alternative ou un complément important au traitement antibiotique dans le cas des maladies chroniques chez les animaux de compagnie, notamment dans le contexte de la résistance croissante aux antibiotiques.
Johannes Kupke, Martina Krapf
Nos prestations à ce sujet
- Bactériologie (aérobie)
- Vaccin oral
- Vaccin injectable
- Vaccin combiné
- Vaccin par inhalation
Autres lectures :
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